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Auteur
Marion Pauvert
HR Content Manager
Marion Pauvert est Content Manager RH chez Arago. Elle conçoit et rédige des contenus experts pour aider les professionnels RH et Finance à mieux décrypter et comprendre les enjeux du secteur, des outils et des évolutions métiers. Avec près de 10 ans d’expérience en communication et rédaction de contenus, elle a travaillé pour des organisations comme le Groupe TF1, des entreprises du secteur RH et des éditeurs de logiciels. Chez Arago, elle pilote des stratégies éditoriales et des dispositifs marketing alignés sur les enjeux business et sectoriels, en lien avec les réalités du terrain.
Un agent IA en RH n'est pas un logiciel qu'on configure. C'est un collaborateur numérique qu'on recrute, qu'on évalue, et avec lequel on construit une gouvernance. C'est la conviction de Karam El Wardi, CEO et fondateur de Polaris ETP, partenaire technologique d'Arago sur l'IA agentique appliquée aux ressources humaines. Il nous explique pourquoi 80 % des pilotes IA n'atteignent jamais la production, ce qui distingue un bon agent d'un mauvais, et ce que l'IA agentique change vraiment pour les DRH.
Karam El Wardi travaille à la croisée de la technologie et des métiers RH depuis plus de quinze ans, en Europe, en Amérique du Nord, chez des intégrateurs comme chez des industriels. Polaris ETP, l'entreprise qu'il a fondée, développe des agents IA spécialisés dans les ressources humaines, conçus pour s'intégrer aux SIRH existants, dont SAP SuccessFactors. Polaris ETP est partenaire technologique d'Arago.
Karam El Wardi : « Il y a une citation que j'aime beaucoup : "Le plus grand défaut de l'humanité est notre incapacité à comprendre la fonction exponentielle." Elle est du professeur Albert Allen Bartlett, et elle résume tout.
Quand je parle à des équipes dirigeantes, je leur pose souvent cette question : si vous faites 30 pas de manière linéaire, vous parcourez 30 ou 40 mètres. Prévisible. Mais si chaque pas double le précédent, de manière exponentielle, combien de mètres avez-vous parcouru au pas 30 ? La réponse : 1 073 741 824 mètres. De quoi aller sur la Lune, en revenir, et y retourner.
C'est exactement là où on en est avec l'IA. Son évolution n'est pas linéaire. Elle double, chaque mois, en performance et en capacité. Et c'est pour ça que quand des clients me demandent un ROI sur 5 ou 10 ans, je leur réponds honnêtement : ce ROI sera faux. Pas parce que je ne veux pas vous aider à le construire, on peut le faire, et on le fera si vous en avez besoin. Mais il sera basé sur ce que l’on sait aujourd'hui, pas sur ce que sera l'IA dans trois ans.
Pour un ERP comme SAP SuccessFactors, projeter un ROI à 3 ans est légitime : la technologie évolue de façon linéaire, deux ou trois fois par an, de manière prévisible. Pour l'IA agentique, c'est une fiction. Les capacités qui existaient il y a six mois sont déjà obsolètes. »
« On revient aux fondamentaux. Face à l'inconnu, on avance pas à pas, sur ce qu'on comprend. Et pour comprendre l'IA agentique, il faut d'abord comprendre ce qu'est un agent.
Ce mot est partout, il est galvaudé, et c'est un problème, parce qu'on ne peut pas adopter ce qu'on ne comprend pas. Et surtout, on ne peut pas “utiliser” un agent. On “collabore” avec lui. Ce n'est pas un détail sémantique : c'est un changement de paradigme complet. »
« Un agent, c'est quatre composants qui fonctionnent en boucle.
Chatbot, script ou agent : ce n'est pas la même chose. Un chatbot répond. Un script exécute. Un agent décide, agit, mesure, ajuste, et peut remplacer un workflow entier, pas juste une tâche.
Ce qui est important de comprendre, c'est que l'agent ressemble à l'humain. Pas par hasard, mais parce que c'est l'humain qui l'a créé. Et depuis la nuit des temps, quand les humains créent quelque chose, ça leur ressemble. »
« Tout. Quand un candidat vient postuler chez vous, vous ne lui demandez pas quelle est la capacité de sa mémoire ou à quelle vitesse il tape. Vous évaluez ses compétences, son expertise, ce qu'il a déjà fait, ses références. Un agent IA, ça se recrute de la même façon.
Le problème aujourd'hui, c'est que les vendeurs d'agents vont vous mettre en avant la puissance, la vitesse, la mémoire incroyable de leur solution. C'est comme si un candidat vous disait en entretien : "J'ai une excellente mémoire et je tape très vite." Ce n'est pas ça qui compte.
Ce que vous devez demander, c'est : est-ce que cet agent connaît mon secteur ? Est-ce qu'il comprend les conventions collectives ? Est-ce qu'il maîtrise les logiques de mon SIRH ? Est-ce qu'il peut faire un audit de ma configuration SAP SuccessFactors ? Est-ce qu'il a de l'expérience dans mon type d'organisation ?
Un agent générique qui sait tout et ne sait rien faire en profondeur, c'est comme un collaborateur brillant mais sans spécialité. Il ne vous sera pas vraiment utile. »
« Oui, et c'est systématique. Prenez n'importe quel LLM performant, mettez-le face à une fonction métier RH : les 10 premières minutes sont impressionnantes. Et puis cinq écarts apparaissent, toujours les mêmes :
Un seul de ces cinq écarts suffit à tuer un pilote. Pas cinq, un seul ! »
« Un bon agent réunit cinq qualités simultanément, parce qu'elles ne sont pas optionnelles.
Ces cinq qualités réunies, c'est ce qui fait passer un agent du gadget au vrai collaborateur digital. »
« Exactement comme avec un nouveau collaborateur. Quand quelqu'un rejoint une organisation, vous ne lui demandez pas de vous faire un plan de carrière sur 5 ans dès le premier jour. Vous l'évaluez, vous lui donnez du feedback, il progresse.
Avec un agent IA, c'est pareil. Vous posez des questions, vous donnez du feedback : "cette réponse est parfaite", "celle-là n'est pas dans l'esprit de notre culture", "la prochaine fois, présente ça différemment." Chaque feedback est encodé. L'agent s'entraîne dessus, affine, s'améliore. Jusqu'au moment où vous atteignez le sweet spot, la réponse qui correspond exactement à ce que vous attendez, dans votre contexte, avec votre culture d'entreprise.
À ce stade, vous ne parlez plus d'"utiliser" un agent. Vous collaborez avec lui. Et c'est ça, la vraie transformation. »
« Une place centrale, et irremplaçable. Un agent se trompe. Tous les agents actuels se trompent, parce qu'à partir du moment où on lui permet de raisonner, il y a une part d'erreur possible. C'est inhérent. Il est donc impossible d'avoir un agent 100 % autonome sur des décisions sensibles. Il faut qu'un humain contrôle, valide, corrige.
J'utilise souvent l'image du tennis. Ce qui fait la beauté d'un match, ce n'est pas le joueur qui frappe le plus fort. C'est l'échange. La valeur est dans la qualité du match entre les deux. Avoir l'agent le plus puissant du monde ne sert à rien si la gouvernance entre lui et l'humain est mauvaise. La valeur n'est pas dans l'intelligence de l'un ou de l'autre, elle est dans l'équilibre qu'on trouve entre les deux. »
Arago et Polaris ETP partagent une conviction commune : un agent IA ne vaut quelque chose que s'il a une expertise métier réelle. C'est sur cette base qu'est né notre partenariat. Polaris ETP développe des agents IA volontairement spécialisés dans un seul domaine, les ressources humaines, avec des compétences encodées sur des sujets très précis : équité salariale, gestion des talents, administration SAP SuccessFactors, conformité paie.
Arago apporte de son côté la profondeur de l'expertise SAP SuccessFactors et la connaissance fine des organisations clientes. Ensemble, nous proposons une approche qui ne mise pas sur la promesse généraliste, mais sur une valeur concrète et mesurable dans les processus RH réels, de la connexion à l'instance jusqu'au sanity check de clôture de paie.