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AI Act pour les RH et la Finance
7 septembre 2026
Dernière mise à jour 7 septembre 2026

AI Act : ce qu'il change pour les RH et la Finance

L'AI Act est le règlement européen qui encadre l'usage de l'intelligence artificielle en Europe. Pour les directions RH et Finance, ce n'est pas un texte technique parmi d'autres : il touche directement des usages déjà répandus, en particulier le recrutement assisté par IA et l'évaluation de la solvabilité.

Ce texte revient sur ce qu'est concrètement l'AI Act, son calendrier d'application (qui a changé récemment), ses niveaux de risque, et surtout ce qu'il implique pour une DRH ou une direction financière qui utilise, ou envisage d'utiliser, des outils d'IA dans ses processus.

L'essentiel à retenir

  • L'AI Act classe les systèmes d'IA en 4 niveaux de risque : inacceptable (interdit), haut risque (obligations strictes), risque limité (transparence) et risque minimal (aucune obligation spécifique). 
  • Le recrutement assisté par IA est explicitement classé haut risque : tri de CV, scoring de candidats, analyse d'entretiens vidéo, chatbots de présélection.
  • En Finance, l'évaluation de la solvabilité et le scoring de crédit par IA sont également classés haut risque.
  • L'échéance des obligations haut risque a été reportée du 2 août 2026 au 2 décembre 2027 par le règlement Digital Omnibus, entré en vigueur en juillet 2026.
  • Les sanctions restent dissuasives : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les usages interdits, 15 millions d'euros ou 3 % pour les manquements sur les systèmes à haut risque.

Qu'est-ce que l'AI Act ?

L'AI Act, ou règlement (UE) 2024/1689, est le premier cadre juridique complet au monde sur l'intelligence artificielle. Approuvé le 13 juin 2024 et publié au Journal officiel de l'Union européenne le 12 juillet 2024, il est entré en vigueur le 1er août 2024, avec une application progressive de ses dispositions sur une période de 6 à 36 mois.

L'approche du texte repose sur une logique de risque : plus un usage de l'IA présente un danger potentiel pour les droits fondamentaux des personnes, plus les obligations qui pèsent sur l'entreprise qui le déploie sont strictes. Le règlement s'applique à toute organisation qui développe, commercialise ou utilise un système d'IA touchant le marché européen, quel que soit son lieu d'établissement.

Les quatre niveaux de risque de l'AI Act 

  • Risque inacceptable : usages interdits purement et simplement (notation sociale généralisée, manipulation comportementale, certains usages de reconnaissance faciale en temps réel dans l'espace public).
  • Haut risque : usages autorisés mais soumis à des obligations strictes de documentation, de supervision humaine et d'évaluation de conformité avant mise sur le marché. C'est la catégorie qui concerne le plus directement les RH et la Finance.
  • Risque limité : obligations de transparence, notamment l'information de l'utilisateur qu'il interagit avec une IA (chatbots, contenus générés).
  • Risque minimal ou nul : aucune obligation spécifique. La grande majorité des usages actuels de l'IA en entreprise (rédaction assistée, résumé de documents) entrent dans cette catégorie.

Ce que l'AI Act change pour les fonctions RH

L'annexe III du règlement classe explicitement les systèmes d'IA utilisés pour le recrutement ou la sélection de personnes parmi les usages à haut risque. Cette classification est large et couvre la plupart des outils IA RH aujourd'hui commercialisés.

Les usages RH concernés 

  • Le ciblage ou la diffusion d'offres d'emploi en fonction de caractéristiques de destinataires 
  • Le tri, le scoring et le classement automatique des candidatures 
  • Le matching entre un CV et une fiche de poste ou la génération de listes de meilleurs candidats 
  • L'analyse de réponses lors d'entretiens ou de tests automatisés, y compris l'analyse vidéo de traits comportementaux 
  • Les décisions ou l'assistance à la décision concernant l'embauche, l'attribution de tâches, la promotion ou la rupture d'un contrat 

Concrètement, un chatbot de présélection qui filtre automatiquement des candidats sur la base d'un premier échange, un outil d'analyse vidéo d'entretien qui évalue des traits comportementaux, ou un test de personnalité IA qui infère des compétences à partir des réponses, entrent tous dans le périmètre haut risque.

Ce que l'AI Act change pour les fonctions Finance

L'annexe III couvre également deux usages directement liés à la fonction Finance : les systèmes d'IA destinés à évaluer la solvabilité des personnes physiques ou à établir leur score de crédit, et les systèmes utilisés pour l'évaluation des risques et la tarification en assurance vie et santé. Pour ces usages, l'article 27 du règlement impose une analyse d'impact spécifique avant tout déploiement, à l'exception des systèmes utilisés à des fins de détection de fraude financière, qui en sont exemptés.

Pour une direction financière qui utilise ou envisage d'utiliser des outils d'IA pour du scoring de crédit interne, de l'évaluation de risque client ou de la tarification, ce point mérite une attention particulière dès la phase de sélection de l'outil.

Le calendrier d'application de l'AI Act

Le calendrier initial prévoyait une application des obligations liées aux systèmes à haut risque au 2 août 2026. Ce calendrier a été revu.

  • 1er août 2024 : entrée en vigueur du règlement
  • 2 février 2025 : entrée en application des interdictions sur les usages à risque inacceptable
  • 2 août 2025 : entrée en application des obligations sur les modèles d'IA à usage général (GPAI)
  • 2 décembre 2027 : nouvelle échéance des obligations sur les systèmes à haut risque de l'annexe III (recrutement, solvabilité, assurance), après report
  • 2 août 2028 : échéance pour l'IA intégrée dans des produits déjà régulés par ailleurs (annexe I)

Les obligations concrètes pour une entreprise qui déploie un système à haut risque

L'AI Act distingue le fournisseur d'un système d'IA (l'éditeur) du déployeur (l'entreprise qui l'utilise dans ses processus). Une DRH ou une direction Finance qui achète et paramètre un outil IA RH ou Finance a le statut de déployeur, et porte à ce titre des obligations propres, définies notamment par l'article 26 du règlement.

ObligationCe qu'elle implique concrètement
Usage conforme aux instructionsUtiliser le système selon la notice fournie par l'éditeur, sans détournement d'usage.
Supervision humaine effectiveDésigner des personnes formées et compétentes, capables d'intervenir en temps réel ou de désactiver le système. La supervision ne peut pas être purement formelle.
JournalisationConserver les journaux d'activité du système pendant au moins 6 mois.
Information des collaborateursInformer les salariés avant la mise en usage d'un système d'IA sur leur lieu de travail.
Information des personnes concernéesInformer, de façon claire et préalable, toute personne faisant l'objet d'une décision impliquant un système à haut risque (un candidat, par exemple).
Déclaration d'incidentsSurveiller le fonctionnement du système et déclarer tout incident grave à l'autorité compétente.

Les sanctions prévues

Le régime de sanctions de l'AI Act retient systématiquement le montant le plus élevé entre une somme fixe et un pourcentage du chiffre d'affaires annuel mondial de l'entreprise.

  • Usages relevant du risque inacceptable : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial 
  • Manquements aux exigences techniques et organisationnelles sur les systèmes à haut risque : jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial 
  • Manquements dans les relations avec les autorités de surveillance : jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial 
  • Fourniture d'informations incorrectes ou trompeuses aux autorités : jusqu'à 7,5 millions d'euros ou 1 % du chiffre d'affaires annuel mondial 

Pour les PME et TPE, chaque amende est plafonnée au montant le plus bas entre le pourcentage du chiffre d'affaires et le montant fixe, un mécanisme protecteur qui n'existe pas pour les grandes entreprises.

Comment s'y préparer dès maintenant

  • Cartographier l'ensemble des outils IA utilisés en RH et en Finance, y compris ceux qui ne sont pas identifiés comme des outils d'IA dans leur nom commercial.
  • Identifier, parmi ces outils IA utilisés en RH et en Finance, ceux qui relèvent de l'annexe III de l'AI Act (recrutement, solvabilité, assurance) et donc du régime haut risque.
  • Exiger de vos éditeurs une documentation de conformité claire : notice de transparence, journaux d'audit, description de la supervision humaine prévue.
  • Désigner en interne des référents en charge de la supervision humaine des systèmes à haut risque, avec l'autorité réelle d'intervenir ou de désactiver le système.
  • Préparer un processus d'information des collaborateurs et des personnes concernées (candidats, clients) avant tout déploiement.

FAQ

L'AI Act s'applique-t-il à toutes les entreprises ?

Oui, dès lors qu'une entreprise développe, commercialise ou utilise un système d'IA touchant le marché européen, quel que soit son lieu d'établissement. La nature des obligations dépend du niveau de risque de l'usage concerné, pas de la taille de l'entreprise, même si des aménagements existent pour les PME sur le montant des sanctions.

Un simple chatbot de FAQ RH est-il concerné par l'AI Act ?

Un chatbot RH purement informatif (FAQ congés, politiques internes) relève généralement du risque minimal, avec une simple obligation de transparence si l'utilisateur pourrait croire échanger avec un humain. Le régime haut risque ne s'applique que si le chatbot participe à une décision de recrutement, d'évaluation ou de gestion de carrière, par exemple un chatbot de présélection de candidats.

Quelle est la différence entre fournisseur et déployeur au sens de l'AI Act ?

Le fournisseur est l'entreprise qui développe et commercialise le système d'IA. Le déployeur est l'entreprise qui l'utilise dans ses propres processus. Une DRH qui achète un outil de tri de CV à un éditeur est déployeur : elle porte des obligations propres (supervision humaine, information des personnes concernées), distinctes de celles du fournisseur.

L'échéance de 2027 signifie-t-elle qu'on peut attendre pour se mettre en conformité ?

Non. Le report donne un délai supplémentaire, mais la mise en conformité (cartographie des usages, documentation, supervision humaine, formation des équipes) prend du temps à mettre en place sérieusement. Les organisations qui commencent tôt évitent une course contre la montre à l'approche de l'échéance, un scénario déjà observé lors du report précédent.

L'AI Act et le RGPD s'appliquent-ils en même temps ?

Oui, les deux textes sont complémentaires et se cumulent. Le RGPD encadre tout traitement de données personnelles, y compris lorsqu'il est réalisé par un système d'IA. L'AI Act encadre spécifiquement le système d'IA lui-même, ses risques et sa supervision. Un projet IA RH ou Finance touchant des données personnelles doit donc respecter les deux cadres simultanément.

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